Enfant, je traîne bien loin des musées et des galeries d’art. Je cours dans les cages d’escaliers.

Je regarde des artistes taguer dans la rue, sur les murs de mon immeuble. Leur freestyle m’attire comme un aimant. Dans ma cité les portes sont cassées, les couloirs sentent l’urine et les halls sont squattés par les « grands » mais les murs sont vivants. Sous les coups de bombes des artistes, les cris de colère, les rêves d’ailleurs et les déclarations d’amour s’expriment. Les dessins des uns sont recouverts ou modifiés par d’autres.

Cette évolution permanente me fascine autant qu’elle laisse mon père indifférent. C’est une source d’incompréhension entre nous.

Pour lui l’art se trouve dans les musées ou chez les collectionneurs. Je souffre de son regard dévalorisant.

Je n’assume pas encore mon désir de créer, les graffitis sont ma bouée de sauvetage. J’en ai besoin pour répondre à mes questions sur la vie, mes douleurs. A travers le street art j’ose exprimer ma vérité, sans tabou, sans filtre.

Quand une oeuvre me « parle », je vois ma réalité se transposer dans l’univers de l’artiste. Mes émotions m’obligent à affronter mes peurs, elles deviennent mes forces.

Je me mets à revisiter des comics, des oeuvres du 7ème art, des projections de street art. Je créé dans l’urgence, à l’instinct. La plupart de mes oeuvres sont un clin d’oeil au polo. Un sport auquel je n’aurai même pas osé rêver enfant. Une passion qui s’est imposée à moi, aux antipodes du monde d’où je viens.

Un week end en rendant visite à mes parents, je montre à mon père des dessins. « Qu’est ce que tu veux que je fasse de ça » est sa première réaction. La suite n’est que critique.

Ce jour là, mes dessins ont combattu leur premier détracteur et j’ai ouvert les yeux. Je crée pour contester tout ce que j’ai entendu enfant.

La vie est un jeu. Les rêves sont à portée de main.

Le polo représente un certain lifestyle, jouer au polo est une folie à tout point de vue. C’est extravagant, risqué et enivrant, aussi délicieux qu’addictif. C’est un cadeau que l’on s’offre par passion, pour lâcher prise, vivre à pleine vitesse. Chaque dessin est une ode à cette folie. L’un représente la frénésie d’un joueur de polo qui change sans cesse d’hémisphère pour vivre un éternel été et participer à tous les tournois du monde. Un autre est dédié à l’euphorie, au plaisir physique pur que ressentent les joueurs qui se lancent après la balle.

Imprimés sur des T-shirts, ces images se portent telles des armures. On dit que les guerriers Mayas puisaient leur courage dans des bijoux pectoraux pour protéger leurs sites sacrés. Sur les T-shirt street art Claude & Storz, le dragon rouge et le cheval blanc emblématiques de la maison protègent et cultivent dans une explosion de couleurs ce que l’on a de plus précieux, notre âme d’enfant.